picts_10Alexei Brodovitch disait que si l’on regardait dans le viseur et que l’on y voyait quelque chose que l’on avait déjà vu auparavant, il ne fallait pas déclencher. Cette maxime qui vaut pour la photographie en général vaut aussi pour le nu, un domaine où il est bien difficile d’être original. Il peut être intéressant, lorsque l’on débute, de s’inspirer des travaux des grands photographes, de copier les poses qu’ils ont fait prendre aux modèles, de comprendre comment ils ont utilisé la lumière ambiante ou composé leur éclairage, mais il faut très vite apprendre à s’en détacher pour rechercher des idées personnelles.

L’une des premières difficultés à résoudre tient au fait que le photographe ne regarde pas son modèle, même à travers le viseur de son appareil, comme il regarde sa représentation photographique sur une feuille de papier ou sur un écran. Le modèle est vivant et les rapports que l’on entretient forcément avec lui au cours de la prise de vue se chargent facilement d’émotions intenses qu’il n’est pas facile, et pas toujours souhaitable, de transcrire sur la photographie. En outre, il faut savoir à qui seront destinées les images. Si le public se limite au photographe et à son modèle, les traces des émotions ressenties lors de la prise de vue pourront subsister longtemps dans leurs mémoires mais pour les spectateurs qui n’ont pas vécu la séance de pose, ces aspects affectifs disparaissent complètement et le regard est tout autre, en général beaucoup plus critique.