picts_6Longtemps, les seuls nus autorisés à la publication ont été ceux qui accompagnaient les récits des explorateurs et des voyageurs, en particulier à l’époque coloniale. Les photos d’indigènes plus ou moins dénudé(e)s ont illustré les pages de revues prestigieuses comme le National Geographic ou celles de certains manuels scolaires. Il s’agissait alors essentiellement et officiellement de vanter la supériorité de nos civilisations sur celles des « sauvages » que l’on pouvait trouver dans diverses régions du globe. Cependant toutes les prises de vues de cette sorte ne furent pas innocentes, loin de là. Ces nus qui n’osaient pas dire leur nom, de même que les reproductions de peintures que l’on pouvait trouver dans les grands dictionnaires, ont contribué à l’éducation de plusieurs générations d’adolescents, à une époque qui dans l’ensemble était plutôt puritaine et collet-monté.

Jusque dans les années 1970, les nus étaient presque absents des revues photographiques et à de rares exceptions près, tous ceux que l’on pouvait y trouver étaient extrêmement académiques. Beaucoup étaient d’ailleurs retouchés, parfois lourdement. Néanmoins, malgré l’hypocrisie ambiante, de nombreux photographes, dont l’œuvre n’a d’ailleurs souvent été découverte que plus tardivement, ont su tracer des chemins originaux dans ce domaine.

De nos jours, la photographie de nu sent moins le soufre mais il existe de nombreux endroits, dans certaines familles, dans certaines villes, provinces ou pays, où elle est encore diabolisée, voire purement et simplement interdite. C’est par exemple le cas dans la plupart des pays soumis à l’islam. Parfois, les choses sont plus compliquées : au Japon, par exemple, le nu n’est pas interdit mais la présence des poils pubiens n’est pas admise. En transgressant ces règles, le photographe s’expose à être stigmatisé ou persécuté.

Le nu artistique est réputé chaste, cependant les photos de nu, tout comme les photos de guerre, d’accidents ou de catastrophes, oscillent forcément entre l’acceptable et l’inacceptable, deux domaines dont la frontière varie très largement selon les pays, les époques et les individus. « La pornographie, c’est l’érotisme des autres », disait André Breton.

Voici quelques années, à la grande époque de la photographie argentique, certains photographes louaient les services de modèles nus mais on ne voyait jamais le résultat des séances de pose. Normal, leurs appareils n’étaient pas chargés …

Affirmons ici que la photographie de nu, tous styles confondus, ne peut aboutir à un résultat probant que si elle est pratiquée dans le cadre d’une certaine morale et d’une certaine éthique, qui valent aussi bien pour le photographe lui-même que pour ses modèles. Soyons par ailleurs conscients du fait qu’une photo non pornographique peut être parfaitement laide et vulgaire et qu’à l’inverse une photo pornographique peut aussi absolument superbe lorsque son auteur est un photographe talentueux et que le modèle, ou les modèles, ont du charme. Ceci posé une fois pour toutes, nous n’y reviendrons pas.